19 décembre 2008
L'éducation à l'environnement, des valeurs à partager...
Le Graine Centre (réseau régional d'éducation à l'environnement de la Région Centre) sort un hors-série de sa revue La Luciole du Centre...
Pour connaître le GRAINE Centre : http://www.grainecentre.org
En voici la préface...
Il fut un temps où des acteurs de l’éducation à l’environnement prirent conscience qu’ils n’étaient pas les seuls à exercer. Tiens, tu existes ? voire Chouette ! Tu existes ! Ils se réunirent même pour échanger leurs pratiques. Je fais ça et toi tu fais quoi ? Assez rapidement, ils échangèrent aussi SUR leurs pratiques. Ah, tu le fais comme ça ? Besoin de partage et d’échange, besoin aussi de prendre de la distance et de se raconter. Pendant que certains mutualisaient ressources et démarches, d’autres se penchaient sur les sciences de l’éducation, cherchaient, pensaient et écrivaient… d’autres encore se mettaient à promouvoir, représenter, faire l’interface, généraliser et même à participer à la construction de politiques publiques d’éducation à l’environnement. Aujourd’hui, action éducative, échange, recherche-action, écriture, représentation, participation … se font simultanément et quotidiennement par de nombreux acteurs réunis en associations, coopératives, collectifs ou réseaux comme le GRAINE Centre qui a initié l’écriture de cet ouvrage.
Si l’éducation à l’environnement peine parfois à être reconnue comme métier, en tout cas l’est-elle comme fonction ou comme profession exercée. Et, ces éducateurs à l’environnement, animateurs nature, enseignants, coordonateurs de réseaux, responsables de structures, chargés de missions et autres pilotes de projets croient en quelque chose… autrement dit sont porteurs de valeurs. Parfois, des chartes ont été rédigées qui cherchaient à poser ces valeurs. Des acteurs sont même actuellement occupés à revisiter ces chartes, à réinterroger leur éthique. On dit en effet que les valeurs sont liées à une société et à une époque données. 10 ans après l’écriture d’une charte, le Réseau Ecole et Nature questionne par exemple ses valeurs au regard du contexte, d’un espace temps différent et qui a évolué depuis 1998.
Pourquoi des éducateurs à l’environnement, comme la douzaine de contributeurs réunis pour la rédaction de ce recueil, éprouvent le besoin d’exprimer les valeurs qui les animent dans l’exercice de leur mission professionnelle ? C’est qu’en plus d’être en lien avec une société et une époque, les valeurs semblent aussi liées à une profession exercée et participent à en définir la culture. Définir l’éthique d’une profession n’est-ce pas aussi positionner, légitimer et protéger cette profession, surtout quand elle concerne l’humain ? En cette période d’institutionnalisation et de généralisation accélérées de l’éducation à l’environnement, les éducateurs à l’environnement ont par exemple besoin d’exprimer que l’éducation à l’environnement, ce n’est pas de la communication. Que l’éducation à l’environnement, ce n’est pas de la publicité ! Que l’éducation à l’environnement, ce n’est pas une mode ! Que l’éducation à l’environnement ce n’est pas non plus un ensemble de préceptes ! Que l’éducation à l’environnement, c’est une éducation qui touche à l’humanisme, qui flirte avec l’amitié et la liberté, qui se nourrit d’ouverture, d’empathie et d’humilité, qui s’exerce en interrogeant ses propres cohérence et capacité d’engagement, qui met les hommes et les femmes, enfants et adultes, au contact de leur milieu et face à la diversité des autres formes de vie, qui cultive l’esprit critique et la prise de conscience, qui vise la responsabilisation et l’émancipation des personnes…
Si des éducateurs à l’environnement, réunis en réseau territorial, cherchent à exprimer leur valeurs, n’est-ce pas aussi pour eux (auto), pour les autres (hétéro) et pour l’environnement (éco), parce qu’ils exercent une fonction qui donne du sens à leur vie, qui donne du sens à Autrui, qui donne du sens à la nature, pour certains, à la planète, pour d’autres (et même aux araignées !) ? Qu’ils veillent alors à signer, dater et mettre en contexte leurs propos et écrits parce que, oui, les valeurs s’interrogent en regardant l’espace-temps, les yeux dans les yeux.
Juliette CHERIKI-NORT (Sery, Ardennes)
14 octobre 2008
juliette.cheriki-nort@wanadoo.fr
Travailleuse indépendante dans le domaine de l’éducation à l’environnement (formation, conception, rédaction, animation, accompagnement). Membre du Réseau Ecole et Nature et d’associations œuvrant dans les domaines de la relocalisation de l’économie (production et consommation), du développement culturel en milieu rural, du partage d’observations naturalistes…
Merci aux partenaires éducatifs du PNR des Monts d'Ardèche
Me voilà de retour d'un séjour d'une dizaine de jours dans le Parc naturel régional des Monts d'Ardèche où j'achevais d'encadrer une formation autour du fonctionnement en réseau destinée aux partenaires éducatifs du Parc des Monts d'Ardèche.
Là-bas, j’ai trouvé de précieuses clés…
Retrouver Arnaud après quelques années de silence partagé. Après avoir été sélectionnée, échanger longuement au téléphone pour, ensemble, donner du sens et du corps au projet. Passer quelque temps avec sa petite famille, ses petites chipies ardéchoises avec qui je prends le temps de jouer.
Piloter et copiloter le minibus – cap sur Narbonne – aux côtés de Philippe, à l’accent chantant, qui me parle de sa forêt, de son métier de forestier et de ses citronniers (a)dorés.
Tremper mes lèvres, et mon nez, et ma gourmandise, dans des verres (ou des tasses) de vins tendrement racontés par un passionné de syrphes et de raisins… qui offre son canapé à tous les chats du village !
Arriver au bout du bout du monde, après tant de virages nauséeux, et m’y sentir bien, comme à ma place. Ecouter une amoureuse des lieux conter sa tourbière, son métier, ses itinérances, cheminements et autres errances sensibles dans La Montagne. Manger goulument la soupe longuement mijotée de Francine et me remplir de l’odeur attachante du fromage qui pue.
Ecouter l’histoire de la rencontre noctambule entre Vénus, Jupiter et Dame Lune. Suivre des yeux le laser de Marie-Line et parcourir le ciel à la vitesse de la lumière. En devenir presque nyctalope…
Imaginer le souffle froid de la burle qui sévit en Mézenc-Gerbier, caressant les sucs et les gens, et, donnant de multiples occasions à l’Ecole du Vent de délivrer des messages éoliens. Imaginer aussi les longs et sinueux chemins parcourus par Mathilde pour venir se joindre à nos travaux.
Me laisser guider par Benjamin dans les coulisses d’Ardelaine… entreprise solidaire depuis longtemps côtoyée – par les pulls portés et les matelas fréquentés – mais encore jamais approchée. Le mythe tombe, prend chair et laine, devient réalité.
Braver le climat et rejoindre Agnès, là-haut dans son hameau. Découvrir les terrasses défrichées, restaurées, racontées, volées à l’oubli, remises à la vie… ce jour-là enrobées d’un épais manteau de neige. Décortiquer des châtaignes près de l’âtre en parlant simplement de l’essentiel.
Croquer avec délice les petites pommes du grand pommier et les carottes brutes, toutes de leur peau sanguine vêtues. Reconnaître les saveurs de la sauge et du sureau dans la tisane gardée au chaud. Un brin de jardin dans une auberge espagnole !
Dans la salle basse du musée de la châtaigneraie, jouer à manger sa soupe bruyamment, à éclairer ses menus travaux à la boule de verre, à faire sécher des châtaignes dans de curieux tiroirs …
Admirer, offert par Maryse, le clair de pleine lune dans le trou de la roche, tout près d’un vrai clapas, en pierre et en tas. Retrouver l’instinct du feu, de la cache, de l’abri, du foyer au cœur même de la roche mère.
Parcourir avec plaisir, sous un ciel bleu qui bientôt va se couvrir, quelques bribes du sentier des lauzes, avec Françoise et Rolande. « On dirait que ce serait une balade entre copines. » Se faire, à l’improviste, offrir un café et des croquants à l’anis. Rencontrer des gars, désormais du cru, et découvrir les sentiments qui les unissent à leur vallée, leurs paysages, leurs pierres, leurs sentiers… Croquer, en chemin, des châtaignes crues. Promis, j’n’en ramasse pas des kilos. J’les picore juste comme un pinson du Nord en migration. Je prends de l’énergie pour m’en retourner dans les Ardennes.
Parce qu’une action de formation n’est pas un acte mécanique, parce qu’elle favorise les rencontres et fabrique de l’intelligence collective, tout à la fois sensible et sensée… laissez-moi vous offrir, en vrac, ces quelques souvenirs-sensations d’une aventure commune … qui ne s’achève pas encore tout à fait.
Grand merci pour votre accueil, votre écoute,
votre participation, vos coups de gueule et votre amour du territoire.
Bon vent et au plaisir de suivre votre cheminement.
Juliette CHERIKI-NORT
14 décembre 2008

















